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2
oct 2010
L’île de Rodrigues: plaidoyer pour l’autodétermination
Posté dans Histoire, Lepep, Opinion, Politique, Rodriguais o top par sitokontanrodrigues à 11:03 | Pas de réponses »

 

 Par Alain L’évêque 

 

Il y a trois siècles, on enleva hommes et femmes de leurs villages en Guinée. 

Dautres, au Sénégal, furent piégés et pris comme des bêtes et dautres 

encore arrachés à leurs familles au Mozambique. Puis, il y avait ceux qui, à 

Madagascar, furent menés comme des troupeaux à bord des négriers et 

transportés sur lOcéan Indien jusqu’à notre partie du monde. Les infortunés

qui ne moururent pas en route passèrent le reste de leur vie à travailler

comme des bêtes de somme pour ceux qui les avaient audacieusement

réduits à la servitude. Il ne reverraient jamais lAfrique. Pour les autres pays

du monde, ces malheureux individus représentent la face humaine dune

histoire sinistre qui sen va pâlissant vers loubli, mais pour nous, Rodriguais,

ils étaient bien plus; ils étaient nos arrières-arrières-grands-pères et grandsmères.

 

Perspective historique

 

Pour toucher au coeur de notre lutte contre la domination de Maurice, il faut

passer en revue la chronologie rodriguaise. Cest une histoire qui est

racontée de différentes manières. A vous de choisir entre la version du

surveillant desclaves et les propres souvenirs de lesclave; entre la thèse

des cyniques qui considèrent la conquête du monde comme jus ad bellum et

la réplique de ceux qui les contredisent. Avec le passage du temps, notre

quête pour une vérité à demie effacée, ensevelie quelque part dans les

dépouilles inertes du passé, parmi dautres récits dilués et déformés, ne

demande pas moins quun acte de foi.

 

Le nom de Rodrigues fut emprunté de façon éponyme à Diego Rodriguez, un

marin portugais, dont la courte visite en 1528 annonçait la venue des

Européens. Il existe des preuves que des mariniers chinois, des commerçants

arabes et malais, et des pirates avaient fait escale à l’île dès le dixième

siècle. On ne trouve aucune documentation conservée faisant mention dune

population indigène. En 1638, un conseil dadministration siégé à l’île

avoisinante de la Réunion, régissait déjà Rodrigues en tant que domaine

français. Rodrigues demeura une colonie française jusqu’à ce que les troupes

britanniques prissent l’île dassaut en 1809. Elle fut alors gouvernée comme

territoire britannique à propre titre jusquau 30 mai 1814, lorsque son

administration fut transferée à l île Maurice.

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, trois cents effectifs de la petite

population active de Rodrigues, mon père inclus, renforcèrent les forces

britanniques à Tobruk et El Alamein. Cela ne nous empêcha pas d’être liés à

l’île Maurice contre notre grès, livrés par les pouvoirs colonisateurs au

gouvernement unitaire comme dans un mariage forcé. S’étant débarrassés

de l’île Maurice, les Anglais à Rodrigues firent leurs valises, fusillèrent leurs

chiens et déguerpirent. En fait, laissés à la merci de nos nouveaux maîtres, nous payâmes pour les crimes des autres.

 

Notre histoire est celle dune lutte prolongée et pénible contre des

gouvernements successifs établis sans notre consentement: passant de

l’état de possession française à celle de colonie française, pour devenir

possession anglaise, puis dépendance de la colonie de Maurice, ensuite

district de Maurice, et enfin aujourdhui, territoire doutremer de Maurice. La

terminologie néocoloniale remplaça les étiquettes coloniales; les pouvoirs

doutremer cédèrent la place à des chefs non moins étrangers, mais pour

notre peuple, lengrenage désolant tourne toujours: Adieu lesclavage!

Bonjour lesclavage!

 

Domination politique

 

Arrivé 1960, la décision de décoloniser Maurice et Rodrigues était déjà prise.

Lorsque les négotiations et les pourparlers constitutionnels eurent lieu à

Londres et à Maurice, en 1961, 65 et 67, les Rodriguais furent

intentionnellement exclus. On cita comme prétexte labsence de tout parti

et de toute organisation politique.

 

A cette époque, le Parti Mauricien Social Démocrate, parti ultraconservateur,

avait mené à Rodrigues une campagne électorale alarmiste, faisant grand cas

des tensions ethniques. Outre les promesses de liberté, Duval, le leader du PMSD, avait réussi à convaincre notre peuple que la retraite des Anglais entraînerait la descente

du diable et son dam sur Rodrigues. Il nest pas surprenant que 97% de

 

 

du diable et son dam sur Rodrigues. Il nest pas surprenant que 97% de

Rodriguais, votant pour la première fois de leur vie en 1967, sopposèrent à

lannexion à l’île Maurice. Malheureusement, la volonté explicite de notre

peuple fut victime de lurgent complot pour lannexion de notre patrimoine.

Il faut préciser quen 1967, les Rodriguais neurent pas de choix entre

lindépendance et le colonialisme. Notre dilemne était plutôt de choisir entre

la colonisation par les pouvoirs britanniques et loccupation sous le joug du

maître mauricien; sort qui rappelle celui de lIndochine: occupation japonaise

ou colonisation française.

 

Les Rodriguais ne souhaitaient pas plus vivre sous le joug britannique quils

ne sollicitaient une existence sous la botte mauricienne. Nous ne nous

faisions pas non plus à lidée de déraciner nos familles, dabandonner les

dépouilles de dix générations de nos ancêtres enterrés à Rodrigues, pour

naviguer vers un pays étranger. Cependant, pendant ces journées de

violences à Maurice, propres à figer le sang dans les veines, des gens

mouraient dans la rue; nous craignions d’être nous-mêmes tabassés. La

réalité de l’époque donnait le frisson. Plusieurs prirent la décision d’émigrer,

abandonnant qui ses biens, qui sa maison et sa terre, pour senfuir au

Canada, en Australie, en France, en Angleterre, en Afrique du Sud et à

dautres parties du monde. Beaucoup en sont encore touchés au vif.

En 1968, avant que lencre ait séché sur la constitution unilatéralement

ébauchée pour lindépendance, dans une nuée de gaz lacrimogène, des

policiers brandissant leur matraque tentèrent en vain de hisser le drapeau

mauricien au sommet de Port Mathurin.

 

Cest ainsi que, du jour au lendemain, les Rodriguais devinrent des citoyens

mauriciens contre leur gré. Comme les Rodriguais continuaient à défier le

pouvoir du nouveau gouvernement et étaient prêts à manifester par des

émeutes contre la corruption on fit appel aux troupes britanniques pour

étouffer le soulèvement.

 

Admettons quaprès le départ des Anglais en 1968, nos mains n’étaient pas

coupées. Nempêche que Rodrigues fût réduite à un fief mauricien, où la

marginalisation devint vite la norme institutionnelle. En comparaison avec les

Mauriciens, nous nous trouvâmes vite face à un taux de chômage, un coût de

la vie et une mortalité enfantine plus élevés, à un taux de scolarité primaire

et dalphabétisme et un niveau de vie plus bas. La discrimination, la

domination et lexclusion devinrent communes et flagrantes. Aujourdhui

même, la force majeure continue à étayer le statu quo.

 

En 1976, on créa un nouveau ministère chargé de soccuper des affaires

rodriguaises. Jusqu’à nos jours, seule un poignée de Rodriguais modérés et

aux ailes rognées a été cooptée à ce porte-feuille. Qui plus est, aucun

Rodriguais na tenu ce poste au cours des dix dernières années, et rien

nindique que les choses vont changer dans un avenir proche. Les hommes

politiques mauriciens nomment arbitrairement le ministre pour les affaires

rodriguaises, tandis que les bureaucrates mauriciens, eux-mêmes choisis

 

rodriguaises, tandis que les bureaucrates mauriciens, eux-mêmes choisis

politiquement, régissent Rodrigues par procuration, sans égard pour la

volonté de l’électorat.

 

En 1991, lorsque les Rodriguais eurent laudace de demander plus de

contrôle sur leur propre pays, on fit pour les apaiser le geste symbolique de

créer un conseil régional dadministration. Des sympathisants et des laquais

furent astucieusement triés, auxquels on permit de faire des recommandations sur les affaires locales. Cependant, lorsque le conseil, tout édenté quil fût, commença à provoquer la fierté nationaliste chez ceux qui montraient trop daudace, il fut sommairement dissous en 1996.

 

En 2001, après une lutte longue et acharnée, largument pour lautonomie

du peuple rodriguais avec son ethnie particulière fut presenté pour la

première fois. Finalement, 170 ans après labolition de lesclavage, la

possibilité apparut, bien que brièvement, dune dévolution radicale du

contrôle et de la politique centralisatrice de Maurice.

 

En 2002, avec beaucoup de fanfares, et après que des discoureurs

propagandistes eussent déclamé leurs belles phrases les plus recherchées, et

que les affamés de pouvoir et de gloire fussent pris en photo, vint

lautonomie. Le Conseil de l’île fut baptisé du titre dAssemblée Régionale et

les conseillers devinrent des commissaires. On construisit quelques

batîments ici et là, quelques intendants prirent lavion pour Maurice,

contents daller sasseoir sagement parmi les membres sans porte-feuille du

gouvernment, et Rodriques fut frappé dun fléau de caméléons. Voilà à peu

près ce qui se passa.

 

Les ministres mauriciens continuèrent à microgérer nos affaires, nous

laissant le privilège d’élire des laquais qui leur servaient de garçons de

course, prêts à obéir à tous leur ordres. Le gouvernement national retint

tous les pouvoirs législatifs et pratiquement tous les autres droits. A la fin,

même ses partisans les plus fervents durent admettre que notre autonomie

était un mirage.

 

Lorsque nous levons le voile sur l’élégant sophisme, nous voyons encore un

peuple régi par un autre, non seulement sans son libre consentement mais

nettement contre sa volonté. La loi sans partage existe encore à Rodrigues;

on peut lobserver toute lannée à Port Mathurin, tendant ses muscles de

poids lourd et se frappant la poitrine, tel un gorille.

 

Au risque de davoir lair denfoncer une porte ouverte, nous nous devons de

répéter quon ne peut décrire comme autonomie la discrétion administrative

limitée pas plus quon ne peut prendre un pourceau pour un éléphant.

Lhéritage colonial de la dictature bureaucratique ne fut jamais démantelé à

Rodrigues; il fut au contraire renforcé. Des fonctionnaires étrangers, agissant

comme des seigneurs de la guerre, donnent les ordres et notre peuple obéit

sans un mot. Le chef de police, le juge, le ministre pour les affaires

rodriguaises, tous les plus hauts chefs de départements, tous les avocats,

rodriguaises, tous les plus hauts chefs de départements, tous les avocats,

tous ceux qui font les règles, tous ceux qui gouvernent véritablement l’île de

Rodrigues viennent de Maurice.

 

Lorsque notre patois créole, qui est imprimé au fond des expériences et des

luttes de notre peuple, est méprisé dans notre Assemblée, lorsque 70% de

notre peuple sont disqualifiés à la vie politique parce quils ne parlent pas

une langue qui leur est étrangère, lorsque les écoliers mal nourris, instruits à

moitié, sont forcés dapprendre trois langues, lorsquaucune littérature

portant sur notre culture africaine ne fait partie du programme

denseignement créé par dautres à notre intention, lorsque nos enfants

imitent les cultures, croyances, langues et traditions différentes des leurs à

fin de retrouver leur amour propre, lorsquil est interdit à nos fonctionnaires,

qui représentent 90% des plus intruits parmi nous, de prendre part à aucun

discours politique, lorsque notre people parle dindépendance à voix basse et

en cachette par peur des espions de lEtat, lorsque tout est contrôlé par des

forces extérieures, il ny aucune liberté, seulement la domination.

Les garanties constitutionnelles dune vraie démocratie, de labsence de

classe dominante ou de citoyens de seconde classe, tout ceci semble bon

pour tous excepté les Rodriguais. Le citoyen rodriguais est comme un être

emprisonné, menottes aux poignets, dans un cauchemar de colère refoulée

dont il ne peut se réveiller, témoin impotent de la mort de sa culture.

Maurice parle des droits de lhomme aux Nations Unies, voue sa solidarité

avec le Comité de Développement de lAfrique du Sud et avec lUnion

Africaine, tout en retenant sa propre domination coloniale. Cette moralité à

double face défie toute description.

 

Lautodétermination

 

Il a coulé beaucoup deau et de sang dans lOcéan Indien depuis la libération,

du moins en principe, de nos frères et soeurs à Madagascar, en Inde, au Sri

Lanka, aux îles Comores, en Afrique, aux Maldives, aux Seychelles et à

Maurice des malheureuses chaînes du colonialisme. Pour nous Rodriguais,

cependant, lignominie de loccupation mauricienne continue à hanter notre

vie quotidienne. Au 21e siècle, Rodrigues, un des derniers vestiges du

colonialisme de la région, est devenu le malade de lOcéan Indien, branché en

permanence à une infusion intraveineuse dassistance sociale et toujours

suppliant le kleptocrate étranger de le lacher.

 

Certains ont justifié lintégration automatique de Rodrigues au sein du

territoire indivisible de Maurice comme une conséquence naturelle de la

décision britannique de cataloguer Rodrigues comme dépendance de cette

colonie, propre à être administrée comme une partie de Maurice. Donc, tout

démembrement de territoire avant lindépendance aurait été contre la loi

internationale. Si nous suivons cette logique, nous devons alors aussi

reconnaître que tout régime imposé par les forces impériales lie les

générations futures à perpétuité. Et si nous appliquions cette règle

générations futures à perpétuité. Et si nous appliquions cette règle

retrospectivement, nous pourrions citer les lois de 1936 de Mussolini comme

prétexte pour miner éternellement la vie des Ethiopiens.

 

Lorsque Mad-Dog-Morgan était gouverneur de la Jamaïque, les pillages et les

rapts étaient à lordre du jour. Bien entendu, lorsque le pirate fit sa sortie,

les excès de son régime disparurent avec lui. Cest avec la baïonnette au

bout du fusil que les Anglais eux-mêmes prirent Rodrigues des mains des

Français; cependant, ladministration mise en place pendant leur règne fut

annulée au moment même de leur départ.

 

Il ny eut jamais de onzième commandement qui accordât aux Anglais le

droit divin de léguer à perpétuité notre vie, nos terres et notre pays à l’île

Maurice. Notre peuple na jamais été la propriété privée de quiconque; nous

navons jamais été du bétail propre à être passé des mains dun propriétaire

à lautre. Le gouvernement unitaire fait partie de la politique coloniale britannique. Conséquemment, en dépit des tensions latentes entre les diverses

populations ethniques et géographiques, bien des territoires ont été

fusionnés en états unitaires. Comme exemple, la Nouvelle Zélande fut

administrée en tant quune colonie de New South Wales; les Antilles furent

groupées bon gré malgré en un seul territoire; les Seychelles furent

gouvernées comme partie intégrale de l’île Maurice. Les Anglais rêvaient

même de grouper toutes leur colonies de lAfrique de lest en une fédération.

Cest par le véto généreux des leaders indiens que la Birmante fut épargnée

le sort d’être administrée en tant que territoire de lInde. Malheureusement,

les Rodriguais navaient ni un Ghandi, ni un Jinnah, ou un Nehru; le destin

nous avait fait don dun Duval, dun surcroît de démagogie et de trahison.

La simple vérité, si dure quelle soit à digérer, est qu’à la fin du régime

colonial, Rodrigues avait une population, que l’île appartenait à cette

population et n’était pas une terre vierge propre à accaparée par le tout

venant. Le 12 mars 1968 aurait dû être un jour de fierté pour deux îles

sengageant côte-à-côte en libre association, toutes deux célébrant leur

liberté. Hélas, on éprouva de la fierté dun côté de lOcéan Indien et

lhumiliation de lautre. Au sombre anniversaire de ce triste événement,

certains Rodriguais observent encore une minute de silence et se

souviennent.

 

Le défaut dans largument contre le démembrement est quil est basé sur la

fausse prémisse que Rodrigues était une possession légitime de Maurice

avant lindépendance. Tel ne fut jamais le cas. L’île Maurice na jamais

découvert Rodrigues comme terra nullius; elle na jamais conquis Rodrigues;

les Anglais nont pas saisi Rodrigues des mains des Français en 1814 dans le

but de la céder à Maurice; les Rodriguais nont jamais abandonné leur

souveraineté et leur intégrité territoriale en faveur dune Pax Mauritiana. De

plus, la nation rodriguaise na jamais consenti à faire partie de l’île Maurice

ou d’être gouvernée par elle. Comment effacer la propagande promue par

ou d’être gouvernée par elle. Comment effacer la propagande promue par

lEtat, sans cesse répétée par les écoliers et imprégnée dans leur cerveau?

La vérité non tarnie est que Rodrigues faisait partie de lEmpire Britannique

jusquen 1968; de nos jours, Rodrigues est un pays annexé et sous

occupation. Rodrigues nest pas plus un territoire de Maurice que le

Bostwana un district de lInde.

 

Que la Grande Bretagne fît don de Rodrigues à Maurice en 1968, tout

comme elle offrit lErythrée à lEthiopie, ou que Maurice se lannexât de

façon opportuniste, telle nest pas la question. Quelle que fût la complicité

ou le commerce, dont nous fumes bien entendu exclus, entre la Grande

Bretagne et son ministre pour les affaires coloniales fut un acte illégal et

immoral. Cest le geste dun pirate qui, à son départ, récompense son

esclave en lui faisant don à son tour de son propre esclave.

 

Ce fut un acte effronté, par lequel les intérêts dun pays furent sacrifiés aux

ambitions territoriales dun autre. Maurice ajouta 130.000 miles de notre

zone économique exclusive à son territoire, et notre peuple perdit sa patrie

et sa dignité. Le Royaume-Uni, Maurice et la communauté internationale le

comprennent très bien, comme moi, comme vous, comme nous tous

c’était répréhensible à l’époque; ce lest encore aujourdhui!

 

En 1968, on naurait jamais dû évoquer notre manque de maturité

économique et politique comme prétexte pour nous priver de notre

indépendance. Maurice aurait dû avoir sa propre indépendance tout comme

la Rhodésie du Nord. Rodrigues aurait dû être placé sous la protection du

Conseil de Tutelle des Nations Unies, comme un territoire non autonome.

Une commission pan-africaine ou un comité spécial des Nations Unies pour

lautodétermination aurait pu alors créer un projet à long terme pour notre

indépendance.

 

Sous une constitution établie dun commun accord et comportant une

échappatoire, nous aurions même maintenu une libre association avec

Maurice, au lieu d’être perpétuellement emprisonnés dans labomination

actuelle, désignée par leuphémisme dautonomie.

Si les dettes historiques sont payées, même en partie, et si les

responsabilités légales, ou tout au moins morales, abrogées en 1968, sont

restituées, les injustices du passé peuvent être réparées, même tardivement.

Nous gardons cet espoir.

 

Notre destin nest pas d’être gouverné à perpétuité par dautres peuples.

Dans le passé nous ne nous sommes pas résignés à ladministration coloniale

imposée par la France; nous ne lavons pas acceptée de la part des Anglais;

et nous ne laccepterons jamais de Maurice. Une ethnie diluée La majorité des 1,3 millions de ressortissants mauriciens sont descendants de coolies transportés, pour la plupart, dAndhra Pradesh, Gujarat,de coolies transportés, pour la plupart, dAndhra Pradesh, Gujarat, Maharashtra, Tamil Nadu, Bihar et Uttar Pradesh par les Anglais pour combler la pénurie de main-doeuvre sur les champs de canne à sucre, tandis que 95% de la population rodriguaise forte de 40.000, sont descendants directs desclaves africains. En dautres mots, quand il sagit didentité, il y a autant de différence entre le peuple Rodriguais et le peuple Mauricien quentre, par exemple, Kenyans et Mexicains.

Les Rodriguais ne sont pas une population indigène ou une minorité ethnique

en quête dune autonomie interne réalisée par étapes; nous sommes un

peuple distinct, poussé par le fervent désir dun avenir dautodétermination.

Notre argument pour une souveraineté entière est des plus forts. Qui plus

est, nous ne pouvons jamais céder notre patrie; nos ancêtres ont payé trop

cher pour elle!

 

Jusqu’à récemment, la modeste capacité de Rodrigues, soit

approximativement 50,000 habitants, et son éloignement géographique ont

pu, dans une certaine mesure, préserver son identité culturelle. Cependant,

au cours des récentes années, un nombre croissant de Mauriciens sont venus

sinstaller sur les terres domaniales de Rodrigues. Si cette tendance (ou

politique du gouvernement) persiste, la certitude mathématique est que

nous serons réduits à une minorité moribonde. Si on mélange 30 bouteilles

de bière et une bouteille de limonade, la limonade disparaît.

Notre culture, nos moeurs, notre langue et notre mode de vie disparus,

notre identité sociale perdue et notre cri de souveraineté étouffé, nous

serions réduits à l’état de demi-esclavage et de serfs subjugués, relégués au

bas de l’échelle sociale de Maurice. Le peuple rodriguais, jadis si fier, serait

réduit à une bande hétéroclite dintouchables, chapeaux de paille sous le

bras, faisant des courbettes dans le demimonde des ghettos mauriciens ou

nayant dautre quune maigre subsistence sur les flancs de nos montagnes.

Plus jamais nous noserions espérer être autre que la moitié de notre propre

valeur, un peuple à la manque, toujours luttant pour rattraper les autres

cultures. Nous serions un peuple inerte. Cest un défi existentiel qui

sadresse à tous les Rodriguais. Si nous ny faisons pas face, nous finirons

sans aucun doute comme le dodo. Ce nest pas que jy croie; jen suis

certain.

 

Conclusion

Le mauvais choix du prénom de Rodrigues (fils de Rodrigo), commun au

Portugal, fut fait pour nous par danciens maîtres pendant une période

funeste. Sils avaient à porter ce nom pour toujours, même la fraternité des

gobelins, des gnomes et des gremlins armeraient leur AK47. Plaisanteries à

part, ce nom est un vieux relique, fossilisé dans une autre ère, nettement

éloigné de l’âme de notre peuple et incompatible avec elle. Ajoutons à ceci

les images sanglantes que le nom évoque de la brutalité des Portugais dans

cette région. Il est grand temps que notre génération rende ce nom à

lhistoire; cest là quil appartient.

 

Nous avons perdu un pays, on piétine sur notre corps politique; la puanteur

de lhumiliation envahit latmosphère; lamnésie culturelle est manifeste et

pourtant une petite clique de marionnettes gonflées et dOncle Tom

daujourdhui, bien assimilés, nous prêche encore le consentement à la

domination impériale. Des étrangers au delà de nos rives, que nous ne

pouvons ni élire ni déplacer, déterminent nos systèmes et nos bornes

électoraux, nos lois, nos impôt, nos tarifs, notre service de santé publique,

notre systême d’éducation, nos politiques étrangère et économique. Des

étrangers décident de lavenir de nos enfants. Des étrangers décident!

Depuis presque 300 ans, des étrangers ont tout décidé. Il est temps que ce

soit nous qui décidions! Car nous aussi avons un cerveau et une échine. Oui,

cest vrai! Nous aussi avons nos propres ambitions et nos propres espoirs.

Le moment est venu pour couper le cordon ombilical, dagir résolument pour

mettre fin à notre dépendence des autres, de croire que si nous réduisons

notre consommation et travaillons dur, lindépendance économique et

politique nest pas seulement possible mais aussi souhaitable.

Il nest plus le moment de se fier à des idées reçues, des concepts et des

systèmes qui ont contribué à notre état de subordination. Il est temps

dexplorer dautres possibilités et dautres stratégies, voire même den

inventer de nouvelles, mieux adaptées à nos circonstances. Il est lheure de

cesser dimiter les autres et davoir confiance en nos propres capacités, en

notre valeur intrinsèque.

Le peuple rodriguais est une race tenace. Je laffirme parce que, à lencontre

de lopinion populaire, cest lui qui a travaillé la terre, pêché en mer et, élevé

le bétail pour soutenir cette modeste économie, et depuis des générations.

Nous lavons fait dans le passé, nous le faisons aujourdhui, et nous pouvons

encore le faire et même mieux quavant.

Nous avons assez dentendre dire que nous sommes une population trop

pauvre, trop faible, pas encore prête. Ce sont de vieilles rengaines quon

nous a chantées trop souvent, faisant appel à notre patience pour mieux

nous entraver plutôt que nous libérer. Heureusement que les peuples

subjugués du monde entier nen ont pas été dupes, sinon la plupart des îles

des Caraïbes et des Océans Indien, Atlantique et Pacifique, une partie de

lAfrique et lAsie, et peut-être même la moitié de la planète seraient encore

de nos jours sous quelque forme de régime colonial. Tout compte fait, quels

sont le taux de population et la puissance économique requis pour quun

pays ait droit à sa liberté? Qui en est le juge? Nos leaders doivent rétablir un

dialogue avec les pauvres et les indigents de notre pays, restaurer les liens

avec nos frères en Afrique, rassembler notre people depuis sa base et

revendiquer ce quils nous ont volé en 1968, cest-à-dire notre patrimoine.

Ne nous laissons pas décourager par lindifférence du McMonde avec sa

mentalité de la jungle; nhésitons pas, armons-nous de courage et réclamons

lindépendance. Parlons-en fièrement et à haute voix dans toutes les levres…


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