Bérenger et la cause rodriguaise
mauritius times
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Chaque visite de Paul Bérenger à Rodrigues a jusqu’ici été l’occasion pour relancer le débat sur la place de Rodrigues au sein de notre République mauricienne parce que ce grand homme politique semble être celui qui, à Maurice, est le plus conscient qu’hormis les entités ethniques différentes, il y a également une réalité insulaire à gérer au sein de notre République. Là, en tant que Rodriguais de sensibilité MMM, je dois souligner que flagrante est l’incapacité des partis mauriciens d’engager un débat sur le fond sur l’autonomie de Rodrigues et de gérer une quelconque idée qui leur est nouvelle.
La classe politique mauricienne ne parvient pas à regarder au-delà de leur petit horizon de caste, de communauté et de circonscription. Les exemples d’incompréhensions sont trop nombreux. Dans Le Mauricien du 31 mai 1994 Bérenger s’est attiré la foudre de Dinesh Ramjuttun pour avoir prononcé s’être en faveur d’une autonomie pour Rodrigues. Vers la même époque Le Socialiste accusait Bérenger de venir publiquement et sans ambages réclamer la pleine autonomie pour Rodrigues et accusait même ce dernier de vouloir devenir le président à vie d’une île Rodrigues indépendante. Le 26 mai de cette même année, The Sunaccusait Bérenger de réactionnaire et d’anti-patriotique pour les mêmes raisons. Quel niveau et quelle envergure ont nos politiciens mauriciens? Méconnaissance des réalités rodriguaises et des aspirations légitimes de la population, ceci dû à un paternalisme quasi-colonial et par une paranoïa entretenue par une méfiance génétique.
Pour revenir à la récente mission de Bérenger, j’ai malheureusement des observations très franches et sévères mais sincères à faire à l’égard de notre ami Bérenger. Quelques jours avant ce déplacement, en proposant un ministre de Rodrigues à plein temps avec les pleins pouvoirs lors d’un PNQ sur le ‘fuel tax’, le grand défenseur de la cause rodriguaise a confirmé, contre toute attente, que le bon fonctionnement et l’avenir de l’autonomie de Rodrigues étaient devenus soudainement secondaires à ses préoccupations de jeux d’alliances pré/post-électorales et à ses ‘fine tunings’ des équilibres communaux dans l’allocation des portefeuilles ministériels dans le sillage des prochaines échéances électorales. Il semble vouloir nous sacrifier sans pitié pour ses objectifs purement électoralistes.
Lors de ce PNQ, le leader des rouges Navin Ramgoolam a sauté sur cette occasion pour exprimer haut et fort sa ‘perplexité’ quant aux vrais pouvoirs de l’île Rodrigues autonome tout en accueillant favorablement la proposition de Bérenger. Les noms de Maurice Allet et de Eric Guimbeau fusaient de partout dans l’hémicycle lors de cette unanimité incestueuse gouvernement/opposition. Etrangement, personne n’a sifflé le nom d’un élu de Rodrigues. C’est dur et ça fait vraiment mal. Au grand étonnement de toute la population, tout le monde à Port Louis semble être convaincus qu’un ministre de Rodrigues serait en mesure de régler les conflits entre l’ARR et le gouvernement central. Au lieu de demander au PM d’inviter le Chef Commissaire à participer régulièrement aux réunions du Conseil des ministres pour tenter de désamorcer la présente crise dans le dialogue, Bérenger a préféré suggérer à Ramgoolam de simplement se rendre d’urgence à Rodrigues.
C’est blessant, voire insultant de penser qu’un homme-zorro basé dans un ministère désuète à Port Louis puisse d’un jour à l’autre remplacer les 18 Rodriguais qui, dans des conditions très difficiles, pensent actuellement au développement de leur île autonome. Pourtant, dès le départ, des propositions concrètes visant à ce que la législation sur l’autonomie incarne une vision des rapports politiques entre l’ARR et les différentes composantes et instances institutionnelles de la République ont été faites. Pour que l’ordonnance de l’autonomie ne soit pas qu’un décret de limitation de pouvoir mais une véritable charte de pouvoirs accrus dévolus à une minorité trop longtemps négligée.
Le FAR avait également proposé l’inclusion dans cet acte juridique d’un mécanisme et des procédures institutionnelles de discussion et de rencontre que doivent disposer l’AN et l’ARR. Ceci afin d’assurer un vrai dialogue non conflictuel et une certaine forme de collaboration législative et politique à l’instar du Dispute Résolution Commission de Tobago mentionnée au para. 43 du rapport Ahnee sur ce projet de décentralisation. Ces propositions valables furent rejetées d’emblée par Port Louis et sept ans après aucun des trois chefs commissaires n’a été invité à assister à une seule réunion du Conseil des ministres sous deux gouvernements différents. Pas une seule occasion ne leur a été donnée pour venir défendre les dossiers de Rodrigues et donner leur avis sur les sujets d’intérêt national qui touchent également l’île. Conséquence: un cas ARR v/s le ministère des Finances en Cour Suprême, crise, malaise et paralysie qui auraient pu être évités. Benoit Jolicoeur, ancien ministre de Rodrigues dernier des Mohicans vient, en connaissance de cause, de démontrer dans un article récent publié dans La Vie Catholique qu’un ministère de Rodrigues désuète n’a pas de place dans l’espace institutionnel de l’autonomie.
Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser un Paul Bérenger Leader de l’Opposition à aller de l’avant avec une telle proposition? Les circonstances font que les travaillistes ayant mis le Mouvement Rodriguais sur la touche dans le sillage de la crise relationnelle entre Port Louis et Port Mathurin, connaissant pertinemment bien l’ambition de Nicolas Vonmally de devenir ministre de Rodrigues, Bérenger a eu ce flair de vieux renard pour la mise en oeuvre de sa ‘realpolitik’ bien calculé: “Les deux sièges du No. 21 que le MR peut en toute probabilité rafler fort de l’appareil d’Etat sous son contrôle face à un OPR gangrené par une division sans précédent pourront m’être extrêmement utiles dans le cadre d’un arrangement post-électoral en vue de former le prochain gouvernement après une éventuelle lutte à trois”.. Il pense déjà à prendre sa revanche de 1976 en utilisant ce même ministère-chantage que feu SGD avait obtenu de feu Chacha pour plaire à son poulain Nicol François en écartant de justesse le MMM du pouvoir.
L’autre cas de figure dans les ‘Rodrigues hidden agenda’ de Bérenger équivaudrait cette fois-ci à carrément enfoncer beaucoup plus en profondeur son couteau dans la plaie: l’allocation de ce portefeuille à Maurice Allet, Eric Guimbeau ou même Joe Lesjongard ! Ce serait la un enième crime contre le vote national des Rodriguais depuis l’An 2000 dans une démocratie mauricienne en dysfonctionnement total. Maurice pouvoiriste viendra encore faire accroire que Rodrigues est aux Rodriguais tandis que le ministère de Rodrigues demeure toujours du domaine mauricien. C’est donc évident qu’ils sont unanimes, gouvernement et opposition, à ne pas vouloir de Rodriguais au Cabinet, surtout pas de Chef commissaire. Leur politique à l’égard des Rodriguais, c’est de procéder à un nivellement par le bas: maintenir un état de division perpétuelle parmi la classe politique rodriguaise et ’ensure that service is restricted to Rodrigues’ pour les fonctionnaires de même que pour nos trois chefs commissaires successifs! Et dire que certains de nos leaders politiques continuent à foncer tête baissée dans ce vieux piège ‘diviser pour mieux régner’! Au lieu d’être un immense pas dans l’achèvement de la décolonisation que fait Maurice l’autonomie rodriguaise se résume aujourd’hui en désillusion et frustration après apprentissage, rodage, transfugisme impardonnable, désillusion, crise relationnelle, malaise et paralysie..
Une explication plausible de Paul Bérenger sur sa proposition est ‘long overdue’ à la population rodriguaise surtout en considérant la réflexion suivante qu’il avait faite sur la frustration en octobre 2002 lors d’une conférence de presse, alors qu’il était Vice Premier ministre: “Qu’est-ce qui nourrit un sentiment séparatiste? C’est avant tout la frustration. Il n’y aura aucune frustration à Rodrigues si l’autonomie est une réussite. Si dans 10/20 ans la question revient sur le tapis, nous l’analyserons. Aujourd’hui il n’est pas question d’indépendance. La priorité pour Rodrigues demeure la réussite de son autonomie au sein de la République de Maurice.”
TORTIDTER
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